Que disent les plantes

Cette exposition explore les significations explicites et tacites associées aux plantes dans la production artistique contemporaine. / The exhibition explores the meanings – both explicit and tacit – associated with plants in contemporary art. (Français / English)

Que disent les plantes, avec les artistes Evergon et Jean-Jacques Ringuette du collectif Chromogenic Curmudgeons (Montréal), Joscelyn Gardner (London, Ontario), Catherine Lescarbeau (Gatineau), Marie-Eve Martel (Blainville), Émilie Payeur (Montréal), Amélie Proulx (Lévis), Laura St.Pierre (Saskatoon), présentée à la Galerie d’art Stewart-Hall de Pointe-Claire, du 7 décembre 2019 au 19 janvier 2020.

L’activité humaine est étroitement liée à celle des plantes, à leurs fonctions utilitaires autant que symboliques, notamment à l’occasion d’évènements familiaux ou de cérémonies protocolaires.

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Que disent les plantes, vue générale de l’exposition. Photo : Alexis Bellavance

Référence directe à cette éloquence, l’expression «Dites-le avec des fleurs» a été utilisée comme slogan publicitaire et par plusieurs écrivains pour ses qualités romanesques. Dans la présente exposition, les artistes explorent les significations explicites, de même que tacites, associées aux fleurs et aux plantes, notamment par le biais de références à la vanité ou à la botanique.

Dans les vanités de la peinture flamande du XVIIe siècle, les fleurs évoquent le caractère transitoire de la vie terrestre et vantent la vie spirituelle. Dans un contexte totalement nouveau, on assiste aujourd’hui à un regain d’intérêt pour ce thème, en dehors de ses connotations religieuses, comme en témoignent les œuvres de Chromogenic Curmudgeons et d’Amélie Proulx.

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Chromogenic Curmudgeons, Automnal, série Housebound : Portraits from the Wintergarden (diptyque). Photo : Alexis Bellavance

Pour les Chromogenic Curmudgeons, les «grincheux chromogènes», la référence botanique se noie dans une exubérance visuelle exacerbée par la photographie et son pouvoir de tout transposer en images, notamment dans le diptyque Automnal (2017) présenté ici. À proximité, les photographies de plantes isolées se présentent comme des portraits de proches ou des représentations de scènes familières. Les titres des œuvres, parfois irrévérencieux, évoquent l’histoire de l’art, la culture de masse et la bande dessinée. La composition générale des images, les caractéristiques des végétaux et le style des objets qui les accompagnent, ajoutent à la nature allusive des titres , une foule de quiproquos, de double sens et d’ambiguïtés attestant de la capacité infinie de dire des plantes, exarcerbée par ces mises en scène originales.

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Amélie Proulx, Coiffe anhydre, 2019. Photo : Marie Perrault

Dans Métaphores mortes (2016), Amélie Proulx façonne des fleurs et des plantes à l’argile qu’elle dispose en bouquets qu’elle met tels quels au feu. Soumise à de très hautes températures, la porcelaine s’amollit, permettant au procédé de fabrication propre au métier de contribuer à la composition finale. Dans son travail récent, à partir d’emprunts à la vanité, sa matière immortalise le travail à la main intervenant au façonnage et la tradition d’ornementation florale courante dans la céramique destinée à la table. À l’inverse d’une allusion au caractère transitoire du temps typique des vanités traditionnelles, la pratique d’Amélie Proulx cristallise un hommage à la céramique, au processus dynamique de cuisson, aux gestes délicats de façonnage et à son apport historique singulier en tant que moyen d’expression.

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Amélie Proulx, Métaphores mortes, 2016. Photo : Alexis Bellavance

Avec la série des Hétérotrophies, Marie-Eve Martel explore les rapports entre les constructions humaines et le règne végétal. Elle reprend la figure du socle typique de la présentation en galerie qu’elle nous montre envahie de délicats champignons façonnés à la main. En résultent autant de sculptures où plane une certaine ambiguïté quant à quel organisme parasite l’autre, d’où le titre référant à un phénomène de croissance hététrophique. Elle redéfinit ainsi les rapports du bâti au vivant, en dehors leur autonomie et leur exclusion mutuelle, et plaide pour un meilleur équilibre des rapports entre les règnes de l’humain et du végétal, voire du vivant et du naturel.

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Marie-Eve Martel, Hétérotrophie-sablier et Hétérotrophie jaune, 2017. Photo : Alexis Bellavance

Quant à elles, les artistes Joscelyn Gardner, Catherine Lescarbeau et Laura St.Pierre s’approprient les images et les méthodes de la botanique rendant les plantes éloquentes au bénéfice du savoir scientifique.

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Joscelyn Gardner, Creole Portrait III : Manihot flabellifolia (Old Catalina) et Cinchora pubescens (Nago Hanah), 2011. Photo : Alexis Bellavance

Dans la série Creole Portraits III, Joscelyn Gardner joue sur l’esthétique des illustrations botaniques, qu’elle reprend à l’estampe, le médium ayant déjà assuré leur diffusion en nombre. Elle combine la reproduction fidèle de plantes exotiques, originaires d’Afrique, d’Amérique centrale ou des Antilles, à des représentations de coiffures de femmes africaines et d’accessoires de contention et de torture utilisés contre les esclaves. Ses images retracent ainsi les échanges liant l’Europe, l’Afrique et les Caraïbes dans le commerce colonial triangulaire. Le choix du café, de la quinine et du manioc atteste des rapports de force en jeux et témoigne des legs de cette période toujours présents. Les noms d’esclaves intégrés au titre des œuvres rendent d’ailleurs hommage aux victimes de ce système économique violent.

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Laura St.Pierre, Jardin spectral / Saint-Laurent, 2017. Photo : Alexis Bellavance

Laura St.Pierre collectionne les plantes qu’elle conserve dans l’alcool à la manière des botanistes, un procédé maintenant leur forme, mais altérant leur couleur. Elle utilise pour ce faire des pots et des bouteilles du commerce, ou ceux jadis utilisés pour la conservation des aliments, confrontant ainsi économies familiales et de production industrielle. Elle immortalise ensuite ces arrangements dans de grandes photographies où l’utilisation de la lumière et l’augmentation d’échelle confèrent aux végétaux l’allure de spectres, préfigurant leur disparition face aux changements affectant aujourd’hui le territoire. Ni rares, ni inhabituelles, les plantes des abords du Saint-Laurent que l’on voit dans cette série, pourraient le devenir un jour et leur mise en valeur par Laura St.Pierre, les préserver de l’extinction dans un Musée du futur.

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Catherine Lescarbeau, Le département des plantes, 2019 . Photo : Alexis Bellavance

En consultant les archives de Stewart Hall, Catherine Lescarbeau s’est penchée sur les occupations successives de la maison historique, une ancienne résidence bourgeoise abritant aujourd’hui le Centre culturel. Elle y constate la présence constante de végétaux dans l’ancienne serre et dans plusieurs pièces de vie à l’époque, de même que plus tard dans le cadre d’expositions présentées à la galerie. En collaboration avec un botaniste, elle entreprend de caractériser ces environnements et d’en identifier formellement les divers spécimens, selon les méthodes d’un travail scientifique de terrain. Sa démarche témoigne de rapports singuliers avec la nature qui s’expriment dans les espaces domestiques et institutionnels.

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Catherine Lescarbeau, Le département des plantes, 2019 (détail du cartel)

Enfant, Émilie Payeur croyait que les chants d’oiseaux qu’elle entendait provenaient des arbres plutôt que des animaux qui s’y perchaient. Artiste de la scène de musique expérimentale, elle revisite aujourd’hui ses souvenirs au moyen de la technologie. Des senseurs cachés dans une structure de bois ressemblant à une cabane à oiseaux animent des dispositifs créant des distorsions sonores imitant les chants d’oiseaux. Dans cette œuvre tablant littéralement sur le langage des plantes, la technologie numérique permet de composer une musique «interespèces» correspondant à l’expérience initiale de l’artiste du phénomène.

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Émile Payeur, I Once Thought Trees Could Sing But it Was All in my Head, 2018. Photo Marie Perrault

Dans le contexte de préoccupations environnementales grandissantes, de plus en plus d’artistes se penchent sur notre rapport aux végétaux pour témoigner de réalités bien humaines touchant à l’écologie, aux rapports de pouvoirs et à divers enjeux esthétiques. Somme toute, l’exposition Ce que disent les plantes ne constitue qu’un aperçu des multiples facettes du végétal aux mains des artistes.

Biographies

Chromogenic Curmudgeons, les «grincheux chromogènes», est un duo formé des artistes Jean-Jacques Ringuette et Evergon vivant et travaillant à Montréal. Ils signent conjointement des œuvres de photographie contemporaine.
evergonringuette.com

Par une approche originale de la céramique, Amélie Proulx décloisonne les métiers d’art et les arts visuels. Elle vit et travaille à Lévis et enseigne à l’Université Concordia à Montréal et à la Maison des métiers d’art de Québec.
amelieproulx.com

Joscelyn Gardner est une artiste visuelle canadienne d’origine antillaise travaillant la gravure et l’installation multimédia. Elle enseigne à la School of Art and Design du Fanshawe College à London (Ontario), à proximité de la municipalité rurale où elle vit et travaille.
joscelyngardner.org

Laura St.Pierre est une artiste visuelle travaillant l’installation, la sculpture et la photographie dans une perspective écologique. Détentrice d’une Maîtrise en arts visuels de l’Université Concordia, elle vit et travaille à Saskatoon.
laurastpierre.com

L’artiste multidisciplinaire Catherine Lescarbeau articule ses recherches autour de la plante d’intérieur et de la place qu’elle occupe dans nos vies. Doctorante en études et pratiques des arts à l’UQAM, elle enseigne au niveau collégial à Gatineau où elle vit et travaille.

Artiste en art visuel, Marie-Eve Martel s’intéresse à la place des végétaux dans notre environnement bâti, ainsi qu’à leur impact sur l’imaginaire et le comportement humain. Diplômée de l’UQAM et de l’Université Concordia, elle vit et travaille à Blainville.
marieevemartel.com.

Émilie Payeur est une artiste multidisciplinaire de la scène de la musique expérimentale et des arts visuels. Elle est titulaire d’une Maîtrise en composition de musique électroacoustique de l’Université de Montréal. Elle vit et travaille à Montréal.
emiliepayeur.com

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