Anne Ramsden, Le temps qu’il faut.

Anne Ramsden, Musée, Collection, Arboretum, Nature, Écologie, Environnement
Anne Ramsden, Le temps qu’il faut, installation vidéo, 2018-19. Photo : Avec l’aimable collaboration de l’artiste

Sur l’installation The Time it Takes | Le Temps qu’il faut (2014 – 2019) de Anne Ramsden présentée à Occurrence. Espace d’art et d’essai contemporains, du 14 mars au 20 avril 2019.

Avec cette récente installation vidéo, constituée de trois projections vidéo avec son, filmées dans l’Arboretum Morgan, Anne Ramsden renoue avec son intérêt de longue date pour les musées et les collections.

Anne Ramsden, Musée, Collection, Arboretum, Nature, Écologie, Environnement
Anne Ramsden, Le temps qu’il faut, installation vidéo, 2018-19. Photo : Avec l’aimable collaboration de l’artiste

Chacun des plans tournés avec une caméra immobile fixée à un trépied, selon une prise de vue frontale et presque toujours à la même hauteur, reprend des modalités de la présentation muséale isolant les objets du quotidien en vitrine, notamment dans une muséologie traditionnelle. Par ailleurs, Anne Ramsden insiste ici plutôt sur l’ensemble du projet d’arboretum, en tant que système de valeur et de pratique discursive, que sur chacune des espèces placées devant l’objectif. Des détails des séquences, notamment des étiquettes d’identification, une arche de jardin, des bancs, ne cessent de nous rappeler l’aménagement délibéré de ce site naturel comme objet de conservation et de recherche lié au savoir, ainsi que comme lieu de contemplation, de délectation et de loisirs.

À l’opposé, la bande sonore perturbe cette vision idyllique de la Nature avec divers bruits insolites témoignant de l’activité quotidienne aux abords de l’arboretum. En effet, des bruits de trompettes de train, de réacteurs d’avion ou de trafic autoroutier s’ajoutent aux bruissements des feuilles au vent, aux chants d’oiseaux et aux bourdonnements d’insectes plus habituels dans le contexte. L’installation vidéo ouvre ainsi béant l’espace sanctuarisé de l’arboretum et souligne le seuil délimitant l’espace profane de nos activités courantes d’un environnement naturel préservant une «relation originelle» avec le monde. En cela, la proposition esthétique d’Anne Ramsden évite une louange pittoresque des beautés naturelles du site, pour questionner la philosophie et l’éthique sous-jacentes à la conception de l’Arboretum comme parc et comme réserve naturelle, témoignant d’un regard muséologique singulier. Cette représentation historique réduit d’ailleurs la Nature à un objet de contemplation ou un sujet de connaissance, au détriment de la mise en avant d’un patrimoine immatériel holistique, ancré dans une réciprocité et une dépendance mutuelles entre les espèces, végétales, animales et humaines.

Anne Ramsden, Musée, Collection, Arboretum, Nature, Écologie, Environnement
Anne Ramsden, Le temps qu’il faut, installation vidéo, 2018-19. Photo : Avec l’aimable collaboration de l’artiste

Dans le contexte de la crise écologique actuelle, ces petits morceaux de territoires protégés semblent de petites îles de Robinson et de bien maigres bouées de sauvetage pour assurer une Terre habitable à long terme. En ce sens, l’installation de Anne Ramsden inscrit au cœur même de la coupure d’avec le monde naturel qui les fonde, la nécessité d’une éthique de réconciliation avec le vivant, tenant compte des liens de dépendance étroits qui nous lie à lui et ne laissant pas la nature à la merci de notre consommation débridée et gourmande.

lhttp://www.anneramsden.com/Anne_Ramsden/The_Time_It_Takes.html

https://vimeo.com/333017672

https://vimeo.com/334782279

https://vimeo.com/334778642

Leave a comment

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *